Jacques HAINARD

Cet ethnologue, personnage singulier, qui a exercé les fonctions de conservateur et de directeur de musée d’ethnographie, a aimé bousculer l’ordre établi et les conventions d’un métier, non tant par provocation gratuite que poussé par la conviction que l’ethnologie n’est pas uniquement un retour sur le passé ou un regard sur l’ailleurs, mais concerne de très près chaque être humain de notre temps. La formation du regard, l'art, le rôle du musée et celui du conservateur, les objets, les expositions, la beauté, tous ces concepts sont soumis par lui à la question. Sa formation initiale est littéraire, à l’université de Neuchâtel en Suisse, mais l’ethnologie fait partie de son cursus d’études. Il est conservateur au musée d’ethnographie de Bâle, il voyage
de 1971 à 1973 en tant que chercheur au Congo au moment où ce dernier est rebaptisé Zaïre, il médite sur l’Afrique fantôme de Michel Leiris qui relate la mission Dakar-Djibouti avec Marcel Griaule en 1931-33, il prend la direction du musée d’ethnographie de Neuchâtel, puis de celui de Genève. Identité, exotisme, modernité, sont trois mots que Jacques Hainard n’aime pas beaucoup mais aime à oublier. Pourtant sa pratique ethnographique et muséale le porte à réfléchir constamment à ces notions. Lui, il pratique depuis longtemps ce qu’il appelle une « muséologie de la rupture ». Il remet en cause la notion d’exposition, il revendique la subjectivité dans l’action de mettre en scène un thème, il triture les objets, il questionne les collections du musée, il bannit l’ethnocentrisme, il interroge la dimension politique de son activité. Lorsqu’on demande à Jacques Hainard quels sont ses outils
méthodologiques, il répond : « l’ironie, l’humour, la dérision et l’auto-dérision, seules balises qui restent aujourd’hui pertinentes pour la construction des sciences humaines. » Car son grand centre d’intérêt, c’est la connaissance de l’humain.